Nounours à Paris

juin 11, 2020 4 min de lecture

Nounours à Paris

Ils sont venus tranquillement. D'énormes nounours, qui surgissent le long du boulevard des Gobelins à Paris pour s'installer dans une librairie ou se détendre en terrasse. Semaine après semaine, ils semblaient se multiplier comme par magie, suscitant joie et mystère dans le 13e arrondissement, par ailleurs si modeste. Un peu plus d'un an plus tard, les nounours des Gobelins ont étendu leurs pattes dans toute la ville et au-delà, de la France à New York, des rues de Montmartre à celles du Sri Lanka. "Nous les avons vus sur la plage, dans les montagnes, etc.", dit l'homme derrière la magie, qui a demandé qu'on ne l'appelle que Philippe le papa des nounours, "bien sûr, tout le monde veut savoir pourquoi". Nous avons discuté avec Philippe pour mettre les choses au clair, mais nous avons découvert que la réponse n'est pas aussi claire qu'on pourrait le croire. Heureusement, elle est aussi mignonne.

 

Pas d'ombre au 13ème arrondissement, mais ce n'est pas exactement le quartier le plus animé de la ville - c'est précisément pour cela que les nouvelles des ours en octobre dernier ont laissé perplexe. "Le nombre croissant de nounours reste un mystère..." rapportait France Inter en 2018 ; "Ils donnent du fil à retordre aux décorations des fêtes", disait Le Figaro. Quelles forces étranges se sont soudainement mises en place dans le sud de la ville ? Combien de personnes étaient réellement derrière l'opération, et y avait-il un message secret ou un motif dans l'opération ? "Je dois demander", dit Philippe lorsque nous l'avons appelé, "Pouvons-nous parler de manière informelle ? Parce que tout a commencé avec quelque chose que mon doudou m'a dit".

 

Doudou, c'est le mot français pour binky. Ou jouet. Ou couverture. En gros, c'est tout ce que vous aviez quand vous étiez enfant et qui n'a pas quitté votre côté. Le doudou de l'enfance de Philippe était son gorille éponyme (gorille), qui ne le quitte toujours pas. "J'ai plus de cinquante ans, dit le natif de Paris, j'ai voyagé dans le monde entier. Mais toujours avec mon gorille. Il connaît mes peines et mes joies, et un jour il m'a dit : "Tu sais, je suis ton doudou pour cette raison Philippe, mais je n'ai pas mon doudou à moi". Il n'avait pas tort. Alors nous sommes allés lui en trouver un." Le gagnant était un gorille beaucoup plus grand appelé super gorille. "Eh bien un jour, le doudou de mon doudou a dit qu'il n'avait pas de doudou. Et encore une fois, il avait raison. Alors on est allé lui en trouver un..."

 

Ainsi, par cette chaîne de propagation des doudous, on arrive aux nounours. "C'est nous trois, dit Philippe en expliquant pourquoi il a choisi l'ours, moi, mon gorille et son doudou, qui nous sommes bien entendus avec le nounours - et le nounours en avait deux autres à côté de lui, et nous ne pouvions pas supporter de les séparer [sans jeu de mots]. Alors nous sommes rentrés tous ensemble à la maison". Naturellement, cela a fait une forte impression sur les passants, qui ont pris des photos du lot curieux et ont donné une idée à Philippe. "J'en ai mis une dans la vitrine de ma librairie des Gobelins, dit-il, et j'ai commencé à les distribuer à d'autres commerçants".

 

J'ai demandé au pharmacien : "Voulez-vous un ours en peluche ? Et donc le nounours de la pharmacie distribue maintenant des vaccins ; il y a un ours chez le caviste qui boit toute la journée, et donc vomit assez souvent, bien sûr ; il y a un nounours à la boulangerie, qui mange beaucoup de gâteaux..."


L'avenue des Gobelines fait environ 300 mètres de long. L'année dernière, les ours ont finalement atteint la mairie de l'arrondissement - au sens propre comme au sens figuré - dans un moment charnière pour leur avenir. Bien sûr, il y avait des habitants qui disaient : "Nous avons l'air ridicule, il faut que ça cesse", dit Philippe. Le maire a envoyé une femme pour enquêter", dit Philippe, "qui a dû se rendre dans un des cafés de l'avenue des Gobelins pour obtenir le scoop... qui s'est ensuite fait dire d'aller dans une autre pizzeria, etc... jusqu'à ce qu'elle atterrisse dans ma librairie et dise : "Monsieur, j'ai parlé avec 34 propriétaires de magasins et j'ai reçu 34 histoires différentes sur les raisons de ce qui se passe. Qu'est-ce qui se passe ?


L'affaire, c'est la joie. La joie simple, sans entrave, qui vient du fait de rassembler les gens par un geste qui parle à chacune de nos enfances. Dans une ville qui se prend souvent trop au sérieux, Philippe a créé un paysage entièrement nouveau, tracé avec légèreté et gentillesse!



Les ours de Philippe sont entrés en hibernation l'année dernière, mais ils sont revenus en ville pendant les mois les plus chauds. Ils sont disponibles à la location (toujours gratuitement) pour des périodes de 48 heures et ont acquis une présence impressionnante dans les médias sociaux (plus de 50 000 adeptes sur toutes les plateformes) qui les aide à voyager dans le monde entier. Ils ont même réussi à se rendre sur le canapé des Friends à New York :

Univers Peluche | Peluche géante Bélier



Lorsqu'on lui demande ce que c'est que d'enregistrer les nounours comme bagages pour le vol, Philippe est stupéfait. "Enregistrer un nounours ? Non, jamais. Impossible ! Ils voyagent toujours à côté de moi." Il n'est pas aussi facile qu'on pourrait le croire de jauger son ton, qui marche sur une corde raide entre sincérité et ironie. "Eh bien, ce sont tous des cousins", dit-il à propos des origines des ours, "alors on ne sait pas combien il y en a, mais ils continuent à venir. Nous pensons qu'ils viennent d'Europe centrale. Un spécialiste nous a dit que certains viennent du Népal, d'après l'empreinte de leurs pattes."


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